04 novembre 2008

Tendre regard, par Marcellus

La vie moderne, de Raymond Depardon (2008)

affiche_La_Vie_moderne_2007_1_1_

En ce jour où le monde est supsendu aux interactions neuronales des électeurs de Pennsylavanie, de l'Ohio ou du Nouveau Mexique, il m'est apparu pertinent d'aller à la rencontre des paysans français.

Si le lien entre les elections américaines et l'agriculteur Raymond Privat des Cévennes ne vous saute pas aux yeux, je me dois de régler certains détails. Les elections américaines se déroulent tous les quatre ans, le premier mardi du mois de novembre, période où la mousson est terminée, et où les agriculteurs peuvent ainsi dégager un peu de temps pour participer au développement de leur démocratie. L'étendue du territoire américain majoritairement agricole explique le système des grands électeurs qui "devaient aller porter le vote à Washington[des citoyens, pour l'essentiel des fermiers en 1845, date où a été fixé le système actuel] " (dixit Fabienne Sintes sur France Inter le 30/10... merci Fabienne !). Pourquoi le mardi me direz-vous ? Pour une question d'étendue du territoire, une fois encore. Mais pas seulement. En effet, en 1845, il fallait parfois deux jours aux citoyens américains pour arriver aux lieux de vote. Hors de question d'aller voter le dimanche, jour de prière; et le lundi était parfois trop tôt pour que tous les électeurs puissent arriver au lieu sacré. Dés lors, le premier mardi du mois de novembre a été le choix logique du vote. Evidemment, aujourd'hui, certains citoyens américains disposent de véhicules motorisés rendant caduques les arguments historiques... Néanmoins, au pays du vote électronique compliqué, il semble que l'attachement à ses racines, même alambiqué, reste important. Depardon, dans son dernier documentaire a compris et relate de la plus belle des manières cet attachement.

Gabriel Fauré nous accompagne, par toutes saisons, dans des fermes reculées de notre France adorée. Raymond Depardon lui-même, fils d'agriculteur, aurait pu avoir cette vie de célibataire au visage marqué par le renouveau perpetuel des travaux fermiers. Magnifiques images. Entrevues essentielles, caméra fixe posée dans les cuisines d'une poignée de paysans extrêmement attachants.

Les images offertes ici sont le fruit de nombreuses approches du réalisateur, qui a parfois attendu vingt ans pour entrer dans la cuisine d'un paysan protestant, à l'allure d'un indien perdu dans la neige.

Parfois drôle (image superbe des parents retraités et de leur fils "obligé" de reprendre la ferme, et qui préfererait travailler "à droite, à gauche"), souvent émouvant, ce film est une bouffée d'air frais, un retour aux sources pour chacun d'entre nous. C'est aussi une interrogation sur l'avenir de ces cultivateurs de traditions, générateurs de paysages.

Marcellus

Posté par kektavu à 17:09 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,


Commentaires sur Tendre regard, par Marcellus

Nouveau commentaire